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Pendant des années, passer à l’électrique était un luxe réservé aux budgets les plus confortables. En 2026, la donne commence enfin à changer.. Treize modèles neufs passent sous la barre symbolique des 25 000 €, ou à un cheveu au-dessus, c’est deux fois plus qu’il y a un an. Derrière cette bonne nouvelle pour les automobilistes se joue pourtant une partie bien plus serrée pour l’industrie européenne.
Quels modèles sous les 25 000 € : la citadine électrique sort enfin du garage
Tout part d’un rapport de l’ONG européenne Transport & Environment (T&E), publié le 5 octobre, elle recense les voitures électriques sous la barre des 25 000 € sur le marché allemand. Passée au filtre des prix français, la liste se resserre : nous en avons retenu treize modèles. Douze s’affichent à 25 000 € ou moins, et la Hyundai Inster ne rate la marche que de 350 €. Cinq passent même sous les 20 000 €.
La liste a de quoi faire saliver les amateurs de petites autos. On y croise des icônes ressuscitées, comme la Renault 5 et la nouvelle Twingo, des Européennes bien nées comme la Citroën ë-C3 ou la Fiat Grande Panda, et une vague de Chinoises bien décidées à se faire une place, de la BYD Dolphin Surf à la Leapmotor T03.

| Modèle | Mise sur le marché | Prix catalogue en France 2026 (hors aides) |
|---|---|---|
| Dacia Spring | 2024 | 17 900 € |
| Renault Twingo | 2026 | 19 490 € |
| Leapmotor T03 | 2024 | 19 500 € |
| Citroën ë-C3 | 2024 | 19 990 € |
| BYD Dolphin Surf | 2025 | 19 990 € |
| Geely E2 | 2026 | 20 990 € |
| Dongfeng Box | 2024 | 21 990 € |
| Leapmotor B03X | 2026 | 23 400 € |
| Fiat Grande Panda | 2024 | 23 900 € |
| MG4 | 2026 | 24 995 € |
| Volkswagen ID. Polo | 2026 | 24 995 € |
| Renault 5 | 2025 | 25 000 € |
| Hyundai Inster | 2024 | 25 350 € |
Petite précision qui a son importance, nous avons retenu que des modèles proches des 25 000 € car chez nous, la Cupra Raval (25 995 €) et la Škoda Epiq (26 470 €) dépassent la barre fixée, et la Honda Super-N n’est tout simplement pas vendue en France. Elles sortent donc de notre sélection. Nous conservons la Hyundai Inster, même s’il dépasse le seuil de 350 € en finition de base.
« Le faible développement des ventes de voitures électriques ne venait pas d’une absence de demande, mais d’une offre inadaptée », résume Lucien Mathieu, directeur du programme automobile de T&E. Autrement dit : les Européens voulaient de l’électrique, mais pas à 40 000 €.
Le secret des petits prix : des composants souvent chinois
Comment les constructeurs européens parviennent-ils soudain à tenir de tels tarifs ? Il y a d’abord le bâton réglementaire : les objectifs européens de réduction du CO2 obligent les marques à vendre davantage d’électriques, et pour ça, il faut des modèles accessibles. T&E prévient d’ailleurs que si Bruxelles assouplissait ces règles, « les modèles européens électriques abordables en seraient les premières victimes ».
Selon les constructeurs eux-mêmes, l’écart de coûts de production entre l’Empire du Milieu et l’Europe atteint 30 à 40 %, rapporte La Tribune. Pour combler ce fossé, beaucoup ont choisi de s’appuyer sur des partenaires chinois.
Quelques exemples parlent d’eux-mêmes :
- Renault Twingo E-Tech : développée en Chine, assemblée en Slovénie avec de nombreux composants chinois. Son moteur est monté à Cléon, en Normandie, mais avec des pièces venues de Chine.
- Citroën 2CV électrique : la star du Mondial visée autour de 15 000 € reposerait sur la base technique de la Leapmotor T03, partenaire chinois de Stellantis. Elle serait produite en Italie, à Pomigliano d’Arco.
- Smart #2 : la nouvelle petite citadine de la marque désormais détenue par Mercedes et Geely, annoncée avec 290 km d’autonomie, sera fabriquée en Chine. L’ancienne Smart sortait de l’usine de Hambach, en Moselle.
Le schéma est redoutablement efficace : une plateforme éprouvée, une chaîne d’approvisionnement à bas coût et un développement accéléré. Pour le client, c’est une citadine moderne et sympa à prix doux. Pour l’industrie du Vieux Continent, l’addition est plus salée.

Usines, équipementiers, normes : le revers de la médaille
La 2CV en est le symbole parfait. Une voiture qui incarne l’histoire automobile française, produite dans l’Hexagone jusqu’en 1988, renaîtrait sur une base chinoise dans une usine italienne.
Le syndicat FO n’a pas mâché ses mots dans un tract :
« Que reste-t-il de français à la 2 CV ? Le nom et le logo. »
Les équipementiers, ces fournisseurs qui fabriquent les pièces de nos voitures, sont en première ligne. Jean-Louis Pech, président de la FIEV, la fédération qui les représente en France, décrit une pression intense des constructeurs, leur demandant de déplacer leur production vers des pays à bas coûts. Sinon, ils risquent d’être remplacés par des fournisseurs chinois, indiens, turcs ou marocains. Il raconte même que, sur certains appels d’offres, des équipementiers chinois offrent carrément les coûts de développement. Difficile de s’aligner.
L’économiste Bernard Jullien, du cabinet FERIA, résume l’inquiétude d’une formule : « Nous sommes en train de rater le virage de l’électrification sur le plan industriel. »
Bruxelles tente de reprendre la main. Plusieurs pistes sont sur la table :
- Un contenu local minimum : un amendement d’eurodéputés à l’Industrial Accelerator Act propose que ces petites électriques soient composées à 70 % de pièces européennes, ou équipées d’une batterie fabriquée en Europe.
- Une nouvelle catégorie de véhicules : la Commission propose une catégorie dédiée aux électriques abordables de moins de 4,20 mètres, avec un gel des normes pendant plusieurs années, en échange d’une production majoritairement européenne.
Mais le temps presse. Selon François Provost, patron de Renault, près de 150 nouvelles normes sont attendues dans l’industrie automobile européenne d’ici 2030. Selon lui, elles pourraient alourdir le prix des voitures d’environ 3 000 €. Sur une citadine à 24 995 €, on mesure l’enjeu.
Ce qu’il faut retenir
La voiture électrique devient enfin plus accessible, il est désormais possible de s’offrir un modèle neuf sans forcément disposer d’un gros budget. Entre la Dacia Spring à 17 900 € et la Hyundai Inster à 25 350 €, le choix s’élargit et les prix commencent à devenir plus abordables. Ce n’est qu’un début, une dizaine de modèles électriques pourraient être proposés à 20 000 € ou moins d’ici 2028.
En attendant, pour les budgets les plus serrés, la porte d’entrée vers l’électrique restera celle de l’occasion. Reste une autre facture, industrielle celle-là. Si l’électrique abordable naît sur des plateformes chinoises, l’Europe gagnera la bataille du prix, mais pas forcément celle des usines. Réponse à Bruxelles dans les prochains mois.